Alors que les coups de feu et les explosions résonnent sur les collines de l'est du Congo, un autre son se déplace plus discrètement dans les quartiers de Goma et dans les camps environnants : le frappement à la porte de leaders religieux en mission de paix. Chaque matin, pasteurs, prêtres, sœurs catholiques et imams sillonnent les rues meurtries, les camps de déplacés et les communautés brisées, Bible ou rosaire en main, portant des paroles de réconciliation.
La violence renouvelée dans le Nord et le Sud-Kivu — alimentée par les avancées du groupe rebelle M23, des frappes de drones et des tirs de représailles — a aggravé ce que les agences humanitaires décrivent comme l'une des crises de déplacement les plus graves au monde. Plus de 7 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays.
Pour l'évangéliste Francis Mbombo, la frontière du conflit se trouve aussi à l'intérieur des foyers :
« Le champ de bataille est dehors, mais la prochaine guerre peut commencer à l'intérieur d'une maison. Si nous ne venons pas à eux maintenant, le deuil devient rapidement colère, et la colère devient violence. »
Le pasteur Albert Nswadi, de la Goma International Pentecostal Church, consacre désormais l'essentiel de son ministère aux visites à domicile, aux cercles de prière dans les camps et à la médiation entre familles traumatisées. L'évangéliste Kevin Lupangu, également psychologue, combine sa foi avec une réponse d'urgence en santé mentale :
« Les enfants se réveillent en criant la nuit parce qu'ils pensent que chaque son fort est une nouvelle frappe de drone. »
Pour les familles déplacées, comme Aline Kavira, mère de trois enfants réfugiée au camp de Bulengo, ces visites représentent l'un des rares moments de calme :
« Quand ils viennent prier avec nous, les enfants se taisent et dorment sans pleurer. Ils nous rappellent que même dans cette souffrance, Dieu ne nous a pas oubliés. »Soir après soir, Mbombo frappe à une nouvelle porte et offre les mêmes mots : « La paix doit commencer dans cette maison, pour qu'un jour elle puisse revenir dans notre pays. »