FAKE CHURCH : ce que nous appelons « implantation d'église » est une imposture

Illustration FAKE CHURCH — billet de blogue mennonite sur l'implantation d'église

Un billet de blogue mennonite | Par Michel Monette, implanteur repentant

⚠️ Avertissement à ceux qui lisent facilement offensés

Ce texte est écrit par un mennonite. Un descendant spirituel d'Anabaptistes qui ont refusé le pouvoir, l'empire et les grandes cathédrales depuis le XVIe siècle. Des gens qu'on a brûlés vifs, noyés et emprisonnés précisément parce qu'ils croyaient que l'église n'était pas un bâtiment, pas un spectacle, pas une institution de pouvoir — mais une communauté de disciples vivant ensemble la vie du Christ. Je vous préviens : si vous attendez un article doux et œcuméniste, arrêtez ici. Car je suis sur le point de nommer quelque chose de difficile à entendre.

Ce que nous appelons « implantation d'église » aujourd'hui — dans la grande majorité des cas — c'est du fake. Une Fake Church.

Au début, la bonne intention

J'ai commencé à faire de l'implantation d'églises en 1998. On formait un noyau, on organisait des études bibliques, des réunions du dimanche, de l'évangélisation. L'intention était sincère. L'élan, réel. Mais très tôt, quelque chose clochait. Le modèle qu'on nous enseignait venait de quelque part. Et ce quelque part, c'était toujours les mêmes : les États-Unis. Les mégas. Le Think Big. Le grand spectacle.

On recrutait des « implanteurs » comme des entrepreneurs. On leur donnait des tests de personnalité, on les envoyait dans des Boot Camps de quelques jours pour leur apprendre comment planifier un culte, gérer une équipe de louange, créer un programme d'école du dimanche et collecter les dîmes. Et voilà. Maintenant vous avez une église !

Vraiment ? Est-ce que c'est vraiment ça, une église ?

🎤 Le modèle Hillsong : quand l'église devient un concert

Puis est arrivé le modèle Hillsong — originaire d'Australie, mais rapidement adopté partout dans le monde comme étant la référence ultime du « succès ecclésiastique ». Un modèle basé sur le spectacle, la performance, l'expérience sensorielle. On est passé de « tu dois entendre ça » à « tu dois vivre ça ». La foi n'était plus enseignement. C'était un frisson. Les prédications ressemblaient de plus en plus à des TED talks avec ambiance lumière-fumée. Le but n'était plus d'enseigner. C'était de stimuler. Et les chronoévangélistes du dimanche matin, avec leur tableau de bord de données de croissance, étaient contents : les chiffres montaient !

Mais formait-on des disciples — ou des spectateurs ?

🖥️ La COVID a tout révélé

Puis est arrivée la COVID-19. Et avec elle, la mise à nu la plus brutale du modèle. Les lieux de culte ont fermé. Et soudainement, ce que nous avions appelé « église » n'existait plus, parce que la salle n'existait plus.

On a alors appris aux chrétiens quelque chose de révélateur : YouTube peut remplacer le dimanche matin. Et ils l'ont cru. Parce qu'on leur avait dit pendant des années que l'église, c'est 2 à 4 heures par semaine, le dimanche, dans un beau local avec un bon spectacle. Ils ont simplement appris à consommer ce produit depuis leur sofa.

Et les chrétiens ne sont pas revenus. Pas tous. Pas la majorité. L'algorithme de YouTube fait maintenant l'affaire, en mieux : même contenu, orateur différent, sans stationnement à payer, sans demi-heure de quincaillerie administrative.

« Les églises sont vides au profit de YouTube. »

Voilà le verdict. Voilà le fruit du modèle Fake Church. Quand votre église peut être remplacée par une chaîne YouTube — c'est que ce n'était pas vraiment une église.

🚨 Nommer l'imposteur : la Fake Church

Permettez-moi d'être clair. Le terme « Fake Church » ne désigne pas des chrétiens faux ou hypocrites — il désigne un modèle ecclésiologique qui imite la forme de l'église sans en avoir la substance. Un modèle qui a pris les catégories capitalistes du succès — croissance, chiffres, bâtiments, marques — et les a baptisées au nom de la faveur divine.

Voici les symptômes de la Fake Church. Reconnaissez-vous votre église ?

  • Le nombre de sièges occupés définit le succès de l'église.
  • La quête d'un pasteur « charismatique » remplace la formation de disciples.
  • Le budget sonore dépasse le budget missionnaire.
  • L'église croît en taille mais les membres ne se connaissent pas.
  • Le pasteur est une marque, pas un serviteur.
  • Le discipulat est un programme optionnel du mercredi soir.
  • La prédication console les confortables et noie l'inconfort des autres.

Les Mégas Church représentent moins de 5 % des églises mondiales. Mais elles parlent le plus fort, elles ont les meilleures campagnes marketing, elles produisent les livres, les curriculum, les Boot Camps. Et par contamination culturelle, elles dictent les critères du « succès » à toutes les autres. C'est une colonisation ecclésiologique. Et il est temps de décoloniser notre vision de l'église.

✍️ L'église selon Jésus — retour aux sources anabaptistes

Matthieu 16:18 — Jésus dit à Pierre :

« Et moi, je te déclare : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, contre laquelle la mort elle-même ne pourra rien. »

Le mot grec « ekklesia » signifie une assemblée de personnes convoquées. C'est Dieu qui appelle. C'est Christ qui rassemble. Pas le pasteur avec son PowerPoint et son budget publicitaire Facebook. Pas le comité de stratégie ecclésiastique réuni en Boot Camp pendant un week-end.

Jésus avait 12 disciples. Pas 12 000. Il vivait avec eux. 24 h/24, 7 j/7, 365 j/an. Pendant trois ans, il a partagé sa vie avec eux. Il les a formés par l'exemple, par la correction, par la prière commune, par les repas, par les randonnées, par les moments de doute et de foi.

Les 5 000 qu'il a nourris ? Il ne les a pas appelés disciples. Il les a guéris, enseignés, nourris. Et il s'est éclipsé. Dans une église Fake Church moderne, on aurait rempli des formulaires d'inscription, créé une liste de diffusion et invité les 5 000 à rejoindre le groupe Facebook de l'église. Jésus est parti à la montagne prier.

Jésus ne cherchait pas les foules. Il formait des disciples.

Les mennonites — les anabaptistes — l'ont compris depuis longtemps. Ce n'est pas pour rien qu'ils n'ont jamais bâti de cathédrales. Ni de mégas buildings. Ni de marques religieuses internationales. L'église, pour eux, c'est la communauté de ceux qui marchent ensemble à la suite du Christ — dans leur quartier, dans leur quotidien, avec leurs voisins, dans la simplicité et la responsabilité mutuelle.

💰 L'argent, le vrai test

Voici un test simple : demandez à n'importe quel implanteur ou pasteur pourquoi il vient vous voir. Dans la grande majorité des cas, la réponse gravite autour d'un axe — les besoins financiers. Le local, le salaire, l'équipement de son, le projecteur, la camionnette de l'église.

Les Mégas Church sont des vortex économiques. Elles aspirent les ressources, les talents, les personnes, les dons des communautés environnantes. Puis elles mesurent leur succès à l'aune des critères capitalistes : croissance, budget, capacité de salle, nombre de campus.

Le Royaume de Dieu ne s'évalue pas dans ces termes. Il s'évalue en vies transformées. En réconciliations. En pauvres nourris. En prisonniers visités. En étrangers accueillis. En communautés guéries. Matthieu 25. Relisez-le.

« J'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez accueilli. » — Matthieu 25:35

🛣️ Le chemin de sortie : décoloniser l'église

J'ai eu une conversation très riche avec Timothy Keener, directeur général de Direction chrétienne à Montréal. On s'est mis d'accord très vite : nous évoluons sur des modèles importés des États-Unis, hérités sans mise à jour depuis des décennies. Des modèles qui ne répondent pas aux réalités du Québec, de la France, de l'Afrique ou de l'Asie. Ils répondent aux réalités de la ceinture biblique américaine — et encore, même là, ils se fissurent.

Alors que propose-t-on à la place ? Pas un autre programme. Pas un autre modèle en kit. Voici quelques pistes anabaptistes, éprouvées par des siècles de persécution et de communauté résiliente :

  • Arrêtez d'implanter des églises. Commencez à déployer des disciples.
  • Le local n'est pas une condition. Un BBQ, une cuisine, une table de cuisine — voilà des lieux d'église.
  • Le succès n'est pas le nombre de sièges. C'est le nombre de vies transformées dans votre rue.
  • Cherchez les « gardiens de la paix » dans votre quartier — ces hommes et femmes qui pratiquent déjà la grâce, l'entraide et l'amour sans même le nommer ainsi. Jésus les appelait « chercheurs de paix » (Matthieu 10:11). Ce sont eux les ouvriers de la moisson.
  • Prenez 6 à 12 personnes. Dédiez-leur du temps, de l'amour, de la présence. Marchez avec elles. Attendez-vous à voir des vies transformées.
Vous cherchez un leader dans votre communauté ? Celui qui peut organiser un BBQ peut diriger. Jésus fera les corrections nécessaires.

💎 Ce que les pierres crient

Jésus a dit que les pierres crieraient ses louanges si personne ne le faisait. Aujourd'hui, les pierres qui parlent sont les sans-église. Les non-chrétiens de votre rue qui pratiquent la grâce, l'entraide, le pardon, la miséricorde mieux que bien des assemblées dominicales. Ces hommes et femmes remplis d'Amour sans le savoir. Ils sont l'église que Christ assemble, même s'ils ne le savent pas encore.

Et l'église Fake ? Elle se plante au carrefour de leur vie pour leur lancer en plein visage leurs péchés et leurs bêtises. Même Jésus n'a pas fait ça. Ni à la prostituée. Ni au jeune homme riche. Ni aux pécheurs sur le bateau. Il a pardonné, sans même qu'on le demande. Il a aimé d'abord. Il a posé des questions. Il a invité. Jamais imposé.

Ne sommes-nous pas ses disciples ? Alors arrêtons de prêcher la condamnation depuis nos scènes éclairées aux néons. Arrêtons de « trancher des oreilles » avec notre épée théologique. Et commençons à aimer, simplement, concrètement, inconditionnellement.

✏️ Conclusion : Je ne suis plus un implanteur d'église

Aujourd'hui, je suis à la recherche de l'église que Christ assemble. Je n'implante plus. C'est Lui qui implante, et il m'indique où, quand et avec qui aller. Je ne suis pas un implanteur d'église. Je suis un disciple de Christ qui désire travailler avec Lui. Je ne lui demande pas de bénir mon projet. Je lui demande de me montrer où il est à l'œuvre — et de m'utiliser là, si tel est son vouloir.

Vous êtes pasteur et vous voyez l'assistance diminuer ? Rendez grâce. C'est Lui qui rassemble. Ceux et celles qui sont encore là sont ceux qu'Il a mis sous votre responsabilité. Prenez-en soin. Profondément. Personnellement. Pas avec un programme de plus.

Faire des disciples demande du temps et du renoncement. Pas des bancs et de la musique.

Allez à vos BBQ. À vos pelles. À vos livres. À genoux. Soyez prompts à déployer l'Amour par des actions concrètes de grâce. Et vous verrez la Gloire de Dieu.

— Michel Monette, implanteur repentant. Disciple en chemin.

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