ET SI ON PARLAIT DE MISSION : la différence entre évangéliser et faire des disciples

Et si on parlait de mission — illustration d'un billet de blogue mennonite sur la mission et le discipulat

Un billet de blogue mennonite | Par Michel Monette, ambassadeur du Royaume

🍃 Un soir d'Halloween et une vie qui bascule

Le soir du 31 octobre 1991, le Saint-Esprit m'a visité. Je n'étais pas à l'église. Je n'étais pas dans une retraite spirituelle. J'étais simplement là — et j'ai été convaincu que Christ avait donné Sa vie pour moi, et que je pouvais Lui confier la mienne.

J'étais seul. Je venais de quitter Sherbrooke — où j'avais caressé le rêve d'appartenir un jour à un club de motards — pour rentrer à Montréal. Ma femme était là. Mais je me sentais seul. En grande quête d'appartenance.

L'église locale m'a donné cette appartenance. L'église La Persévérance, membre de l'association des Frères Mennonites du Québec. Des hommes et des femmes qui m'ont fait sentir que j'appartenais à quelque chose de plus grand que moi. En avril 1992, fusion avec l'église sœur à Ville Saint-Laurent. En novembre de la même année, mon épouse et moi étions baptisés.

C'est dans ce contexte — une petite église anabaptiste de quartier — que ma vision de la mission a commencé à se former. Et à se déformer. Et à se reformer.

📣 L'évangéliste zélé — et ses angles morts

En février 1993, Dieu m'a confirmé que j'étais évangéliste. Je ne savais même pas ce que le mot signifiait. J'ai lu Alfred Kuen. J'ai appris. J'ai compris que l'évangéliste n'est pas un missionnaire itinérant qui sillonne le monde — mais un ministère local dont le rôle est d'aider le corps de Christ à savoir comment partager l'Évangile avec les gens autour de lui.

Je me suis mis au travail avec enthousiasme. Évangéliser selon un style de vie. Les 4 pas jusqu'à Christ. Évangélisation Explosive. Alpha. Je consommais tout ce qui parlait d'évangélisation. J'apportais ma Bible partout. Je cherchais des ouvertures dans chaque conversation. J'ai même invité le curé de la paroisse à un dîner dans l'espoir qu'il se convertisse.

J'avais alors une vision réduite et réductrice du Royaume de Dieu. Je le confesse franchement, parce que je soupçonne que beaucoup d'entre vous se reconnaissent dans ce portrait.

Nous étions des agents infiltrés au service de l'ennemi — sans le savoir. Nos efforts d'évangélisation ont servi, dans bien des cas, à rejeter encore davantage Dieu et Christ.

🧭 De l'évangélisation à la mission — une conversion nécessaire

En 1997, après un certificat en théologie, j'ai co-piloté un projet d'Évangélisation Explosive dans mon église. Trois ans. Un projet unificateur. Tout le monde impliqué. Des résultats. L'actuel pasteur de l'église de Saint-Laurent est un fruit direct de cette période.

Mais quelque chose clochait. Je le sentais, sans pouvoir le nommer. Puis j'ai fini par l'identifier.

Nous prenions des jeunes croyants, les amenions à l'église, et les abandonnions à la structure institutionnelle. Le dimanche matin. Un programme. Et c'était censé suffire. Mais des nouveau-nés ont besoin de plus que du dimanche matin. Nous avons perdu le fil. Le programme s'est effondré. Les nouveaux croyants aussi.

La Bible ne parle pas d'aller évangéliser. Elle parle de faire des disciples. La différence n'est pas sémantique. Elle est fondamentale.

Robert E. Coleman, dans « Évangéliser selon le maître », le formule parfaitement : évangéliser n'est pas un exercice qu'on fait. C'est un style de vie. On ne va pas de porte en porte avec un script. On ne distribue pas de pamphlets. On ne cherche pas la foule. On partage sa vie.

📖 Relire Luc 10 — sans nos lunettes de Boot Camp

Tout le monde cite l'envoi des 70 pour justifier l'évangélisation de rue. Mais avez-vous vraiment lu ce que Jésus leur demande ? Pas en diagonale. Mot à mot.

Luc 10:1-11 — « Le Seigneur choisit encore soixante-douze autres disciples et les envoya deux par deux… Lorsque vous entrerez dans une maison, dites d'abord : « Que la paix soit sur cette maison. » Si un homme de paix y habite, votre paix reposera sur lui… Ne passez pas d'une maison à l'autre. »

Il les envoie deux par deux — pour la sécurité et la responsabilité mutuelle. Il leur demande de chercher les hommes et femmes de paix — ceux qui sont déjà ouverts, déjà prêts à recevoir. Il leur dit de guérir les malades. Et Il leur dit explicitement de NE PAS passer de maison en maison.

Pas de porte-à-porte. Pas de discours pré-écrit. Pas de diagnostic éternel sur la destination post-mortem de l'interlocuteur. Pas de pression de conversion. Trouver les gardiens de la paix. S'y installer. Guérir. Manger à leur table. Dire que le Royaume est proche.

Jésus ne leur apprend pas un script de vente. Il les envoie vivre parmi les gens et chercher ceux que Dieu a déjà préparés.

Voici ce qui me choque dans notre pratique moderne : nous avons transformé la Bonne Nouvelle en mauvaise nouvelle. L'Évangélisation Explosive nous donnait des questions à diagnostic pour savoir si la personne allait au ciel ou en enfer. Dans la majorité des cas, on venait annoncer à un inconnu qu'il passerait l'éternité dans des tourments. Et nous nous demandions pourquoi les gens nous claquaient la porte au nez.

Les gens ont commencé à nous dire que Dieu était un psychopathe — qui exige de ses disciples de pardonner soixante-dix-sept fois sept, mais qui tourmente Lui-même les âmes pour l'éternité. Pouvons-nous les blâmer d'avoir tiré cette conclusion de notre message ?

☔ Les inconnus de la paix — les trouver là où vous êtes

Alors comment fait-on ? Comment trouver les hommes et femmes de paix dans notre entourage immédiat ?

Un ami m'a raconté qu'un Noël, avec son épouse, il a déposé devant chaque porte de son immeuble un cadeau fait maison : une tasse à café, un sachet de chocolat chaud artisanal, et une petite carte disant que leur voisin de l'appartement X priait pour eux.

Il avait prévenu sa femme que les tasses pourraient revenir fracassées avec des insultes. « Aimer, c'est risquer », lui avait-il dit. À leur grande surprise, ils ont reçu des remerciements. Des conversations se sont ouvertes. Un voisin a reçu le salut. Ils cheminent aujourd'hui ensemble dans des études bibliques.

Et nous, quand nous sommes arrivés dans Hochelaga en 2004, dès l'été suivant nous avons organisé des BBQ de quartier. Une épluchette de maïs à la fête du Travail. Pas un événement évangélistique. Un repas. Une présence. Un message simple : vous êtes importants. Nous sommes là. Nous vous voyons.

Certains de ces voisins ont fréquenté nos études bibliques. Certains m'appellent encore « révérend » aujourd'hui. Lorsque nous avons failli vendre la maison, ils étaient désolés. Nous avions construit quelque chose de réel. Une petite communauté qui s'entraide, se surveille, enlève la neige, s'invite.

C'est le Saint-Esprit qui convainc de péché et de justice. C'est à nous d'aimer sans attendre rien en retour. C'est Dieu qui appelle Son Église. Notre mission : faire des disciples.

🏠 Votre maison est au Royaume

Depuis que j'ai commencé à suivre Christ, mon épouse et moi avons toujours ouvert notre maison. Des chambres louées à des disciples ou à des inconnus. Des soupers avec des invités permanents. Une porte qui ne se fermait presque jamais.

Dans Hochelaga, c'était la même chose, multipliée par dix. La maison était un hôtel, un restaurant, un hôpital. La seule pièce inaccessible aux visiteurs était notre chambre à coucher. Pour tout le reste — va et vient constant.

Un matin, je m'apprêtais à sortir travailler à 8h. Quelqu'un entrait déjà. J'ai prié Dieu à voix basse de m'accorder la paix de ma maison. Sa réponse a été immédiate et claire :

« Ta maison est ici avec moi. Là, tu n'es que de passage. Cette maison appartient au Royaume. »

J'ai compris. Et j'ai continué. Faire des disciples signifie partager sa vie. Sa maison. Sa table. Sa vulnérabilité. Ce n'est pas une métaphore. C'est littéral.

🏳️ Ambassadeur du Royaume — et ses limites

La Bible nous compare à des ambassadeurs de Christ. Un ambassadeur est nommé par le plus haut dirigeant d'un pays pour représenter ce pays à l'étranger. Il ne représente pas lui-même. Il représente son pays. Quand il parle, c'est son pays qui parle. Quand il agit, c'est son pays qui agit.

Un jour, un jeune homme est venu me voir. Il consommait de la drogue, en souffrait, manipulait ceux qu'il aimait, voulait s'en sortir. Je lui ai trouvé une place dans une maison de transition chrétienne en Lanaudière. Il m'a répondu :

« J'ai besoin d'aide. Mais pas d'une affaire chrétienne. Je ne veux rien avoir à faire avec les chrétiens. »

Ma réponse a été directe :

« Comment peux-tu entrer dans une ambassade, demander de l'aide à son ambassadeur, tout en lui disant que l'aide qu'il te donnera ne peut pas venir de son pays ? Je suis un ambassadeur de Christ. Cette maison est une ambassade du Royaume de Dieu. La seule aide que je peux t'apporter vient de là. Je suis désolé si tu n'acceptes pas cette aide. »

Il est parti. Je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles. Aider au nom de Christ, c'est parfois accepter que la personne exerce sa liberté et dise non. Ce n'est pas un échec de notre mission. C'est le respect de sa dignité.

Un ambassadeur ne peut pas offrir l'aide d'un autre pays. Il représente un seul Royaume. Soyez clairs sur le Royaume que vous représentez.

❓ Les deux questions qui tuent — Mimo??

Depuis 1997, je signe souvent mes courriels « Mimo?? ». Mimo pour Michel Monette. Et les deux points d'interrogation pour piquer la curiosité. Ceux qui me demandent ce qu'ils signifient, je leur dis : ils représentent deux questions universelles que je pose seulement si vous vous engagez à y répondre avec honnêteté.

Voici la première question :

« Peux-tu me dire où, dans ton entourage — quartier, famille, travail — tu vois Dieu à l'œuvre ? »

J'attends. J'aide si nécessaire. Je les accompagne à voir la grâce et l'amour autour d'eux — dans une école, un hôpital, un parc, un centre communautaire, une garderie, une maison de retraite. Oui, parfois même dans une église. Mais rarement, je dois admettre, les gens voient Dieu à l'œuvre dans l'église.

Quand la première est répondue, je demande si la personne veut continuer. C'est son choix. Si oui, la deuxième question :

« Que fais-tu pour y prendre part ? »

L'objectif : inviter l'interlocuteur à réfléchir s'il est actif ou passif face à l'œuvre de Dieu dans son milieu. Attention — aller à l'église n'est pas une réponse à cette question. Aller à l'église ne fait pas de vous un disciple, pas plus que dormir dans un garage ne fait de vous une voiture. Prendre part à l'œuvre de Dieu peut être aussi simple que de servir du café avec bienveillance à un refuge pour itinérants. Ça peut sembler insignifiant. Mais pour celui qui reçoit ce café avec un sourire — ça change tout.

Ces deux questions, je les pose à tous ceux qui me parlent de mission, d'évangélisation, d'implantation d'église. Elles ont pour but de susciter des missionnaires de quartier : des Brigadiers de l'espoir, des Aumôniers de la grâce, des distributeurs de pardon, des réconciliateurs de vie.

💻 Mission au bureau — oui, même là

J'ai été consultant en informatique la majeure partie de ma vie professionnelle. Et à chaque nouveau mandat, je faisais la même chose : parcourir discrètement les carnets d'adresse, lancer quelques valeurs du Royaume en réunion ou au dîner pour voir qui réagissait, et chercher un frère ou une sœur avec qui démarrer une réunion de prière sur l'heure du dîner.

J'ai vu des collègues de travail venir à Christ dans ces réunions. J'ai vu des croyants fortifiés. J'ai aussi vu des portes fermées rester fermées. Je laisse Dieu ouvrir et fermer les portes. Je ne suis qu'un outil dans Ses mains. C'est aussi ça, la mission.

La mission ne commence pas quand vous montez dans un avion pour l'Afrique ou l'Asie — même si c'est une mission légitime et nécessaire. Elle commence dans votre rue, dans votre immeuble, dans votre lieu de travail, dans votre famille élargie. Là, maintenant, avec les gens que Dieu a déjà placés autour de vous.

✨ C'est à vous maintenant

Vivre pour Christ est une vie enlevante, remplie de défis, de joie et d'amour. Pas une vie de programme. Pas une vie de performance spirituelle. Une vie de présence. De vulnérabilité. De tables ouvertes et de portes déverrouillées.

Vous êtes des ouvriers dans le Royaume de Dieu. Vous marchez avec Lui. Et Lui marche avec vous — dans vos rues, dans vos bureaux, dans vos cuisines. Il est déjà là où vous allez. Votre mission : le rejoindre.

Trouvez les hommes et femmes de paix autour de vous. Partagez votre vie avec eux. Laissez Dieu faire le reste. C'est toute la mission.

— Michel Monette, ambassadeur du Royaume. Mimo?? Disciple en chemin.

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